Les femmes dans la guerre

LE ROLE DES FEMMES DANS LES GUERRES

Dans le musée, ce rôle n'est visible qu'à partir de la Grande Guerre.

Auparavant, les femmes ont rarement joué un rôle important dans les conflits, à part quelques illustres héroïnes comme Jeanne d’Arc ou Jeanne Hachette (1472 : guerre entre Louis XI et Charles le Téméraire, elle repousse un assaillant bourguignon et entraîne toutes les femmes derrière elle.)

Jusque-là femmes sont des victimes « collatérales » comme les enfants : torturées, violées, massacrées.

Au début du XX° siècle,  on commence à voir en elles des actrices potentielles des conflits, mais en restant conforme à leur féminité : infirmières et en 1909 est créé le premier corps d'infirmières laïques des hôpitaux militaires.

En 1914, le service de Santé des Armées recrute les premières femmes, c'est en effet lors de la Grande Guerre qu’elles vont prendre une place considérable dans la vie économique du pays car on s’aperçoit que la main d’œuvre manque.

LES FEMMES ET LA GRANDE GUERRE :

La plupart des hommes valides et en âge de porter les armes sont mobilisés en 1914, mais rapidement la guerre qu'on prévoyait courte s'enlise, il faut donc réorganiser l'économie du Pays.

La France est alors majoritairement rurale et 40% de la population active est mobilisée.

Le Président du Conseil (Premier ministre aujourd'hui), René Viviani, le 7 août 1914 lance un vibrant appel aux femmes françaises :

            « Debout femmes françaises, jeunes enfants, fils et filles de la patrie.

            Remplacez sur le champ du travail, ceux qui sont sur le champ de bataille.

Préparez-vous à leur montrer demain, la terre cultivée, les récoltes rentrés, les champs ensemencées.

            Il n’y a pas dans ces heures graves, de labeur infime

            Il est grand qui sert le pays

            Debout ! A l’action ! A l’œuvre !

            Il y aura de la gloire pour tout le monde.

Discours qui vise essentiellement les agricultrices car on pense que guerre sera courte.

Fin 1914, avec les tranchées, on comprend que la guerre va durer et que la main d’œuvre manquera, la loi Dalbiez prévoit de faire revenir du front « les affectés spéciaux » (500 000 env.), métallurgistes, ouvriers qualifiés, cadres, entrepreneurs, cheminots, postiers, policiers, fonctionnaires…mais pas les agriculteurs qui paieront le plus lourd tribut à la guerre : 45% des ,mobilisés, la1/2 seront tués, 1/3 seulement rentreront indemnes, sur le 1,4 M de morts à cette guerre, 1M est composé de paysans. Ce sont donc les femmes, aidées de leur famille qui vont alimenter le pays.

Les affectés spéciaux qualifiés de « planqués » par ceux qui restent au front, malgré des cadences de travail infernales et des journées longues vont encadrer les femmes nombreuses dans les transports (conductrices de tramways, chauffeurs de taxis), postières, employées de bureaux mais aussi et surtout ouvrières.

Elles sont 400 000 dans les entreprises fin 1917-début 1918. Ce sont les « munitionnettes » des usines d'armement.

Chez Schneider au Creusot ou Renault à Boulogne-Billancourt, les femmes travaillent 11H par jour, manipulent deux fois 2500 obus de 7kg, soit 35t  par jour. Elles ont fabriqué en 4 ans 300 M d'obus et 6 Mds de cartouches. Mais elles rentreront sagement à la maison au lendemain de la guerre !

Chez Renault, en janvier 1914, on recensait moins de 4% de femmes, au printemps 1918, 31,5%, mais, en 1921, les femmes françaises ne sont pas plus nombreuses à travailler qu'en 1914 pourtant on compte 630 000 veuves de guerre.               

Cette importance des femmes dans les usines va faire évoluer les conditions de travail.

L’usine s’humanise un peu : des cantines, des magasins coopératifs apparaissent, dans les usines de plus de 100 femmes la loi Enguerand oblige à avoir  des « chambres d’allaitement ».

Le 21 avril 1916 est créé le Comité du travail féminin qui veille à l’organisation du travail des femmes et à l’amélioration  de leur situation matérielle et morale.

En juillet ce Comité décide de faire interdire l’emploi des jeunes femmes de – de 18 ans en travail de nuit et dans les poudrières pour les jeunes filles de 16 à 18 ans.

Par ailleurs, elles sont toujours les « gardiennes du foyer » et en tant que telles veillent à l’éducation des enfants et à leur alimentation, rendue difficile par le rationnement (cf tickets).

A Besançon, dès le 20 août 1914, il est décidé de ne fabriquer qu’une seule sorte de pain, rationné à 400 gr/j par adulte et  200 gr pour un enfant en dessous de 5 ans. A partir de janvier 1915, il est taxé à 1,35 fr. En 1918 la ration est abaissée à 300 gr et le pain est souvent de médiocre qualité.

En janvier 1917apparait la carte de sucre avec un rationnement à 500 gr/mois.

Charbon, essence, pétrole sont également rationnés. Or, on s’éclaire encore majoritairement à la lampe à pétrole, son rationnement provoque une sorte d’émeute au printemps 1918.

Les réquisitions de marchandises pour l’armée diminuent les transactions commerciales et la monnaie se fait rare. La chambre de commerce émet donc des coupures de 1fr et de 0,50 fr et en mars 1917, le conseil municipal décide la frappe de 100 000 jetons à 0,05 fr en aluminium et de 50 000 à 0,10 fr.

Entre 1914 et 1919, les prix ont triplé. Tout le monde souffre : les salariés mais aussi les petits et moyens propriétaires logeant des mobilisés exonérés par le moratoire du paiement de leur loyer, les petits rentiers, sans parler des porteurs de fonds russes.

Pour les civils aussi c’est la guerre, on a faim et froid à Besançon comme ailleurs.

(Le maire M. Saillard étant mobilisé, c’est son adjoint Dousseau qui administre la ville)

Quand on évoque, la guerre et les femmes, on pense tout de suite aux infirmières. Les nouvelles armes comme les mitrailleuses, l'importance prise par l'artillerie, avec des obus de plus en plus gros et meurtriers (schrapnels) vont provoquer d'énormes dégâts humains, ainsi entre le 2 août  et le 31 décembre 1914, on enregistre près de 800 000 blessés et 320 000 malades. C’est aussi la période où il y a le plus de tués : 20 000 morts pour la seule journée du 22 août. En moyenne durant la guerre 900 morts/j côté frs,  1300 côté allemands. 1531 morts à Besançon.

Dans les villes à l’arrière du front les locaux sont réquisitionnés pour en faire des hôpitaux, ainsi à Besançon, l’hôpital St Jacques est réquisitionné par l’armée, de même que le Casino et la chapelle du lycée Pasteur transformée en hôpital civil.

Sur le champ de bataille, au début de la guerre les blessés meurent en grand nombre, en effet le blessé se cache pour ne pas être atteint à nouveau, les brancardiers doivent le chercher mais attendent une accalmie, ensuite il faut l’acheminer vers un abri où il recevra les premiers soins avant d’être évacué vers un hôpital de l’arrière si c’est nécessaire.

Si la blessure n’est pas trop grave, s’il n’a pas perdu tout son sang, si la gangrène n’a pas eu le temps de s’installer, si le poste de secours n’est pas trop loin et si celui-ci n’est pas engorgé alors le blessé s’en sortira.

D’après le journal d’un infirmier : Lucien Pitolet (paru en 1933) Sept mois de guerre dans une ambulance limousine. Edition Mercure Universel

En 1914 un soldat atteint d’un éclat d’obus au genou est presque sûrement condamné à mourir de la gangrène dans le centre hospitalier où il a été évacué.

En 1915, il est condamné à avoir la cuisse coupée dans une ambulance de l’avant (jambe de bois).

            En 1916 on peut sauver sa jambe mais elle restera raide.

En 1918, il conserva, presque à coup sûr, cuisse et genou, avec une intégrité presque absolue de flexion

Les sociétés de secours se regroupent au sein de la Croix Rouge, assistée par des structures religieuses, des églises sont transformées en hôpitaux de fortune, des trains aménagés, les secours s'organisent pour évacuer les blessés du front.

Un corps d’armée dispose de 4 ambulances, 3 sections d’hospitalisation et un groupe de brancardiers.

Marie Curie va mettre en place un service de radiographie pour permettre aux chirurgiens de mieux opérer. « L’union des femmes de France » lui fait don d’une voiture qu’elle équipe d’un appareil à rayons X portatif, d’une dynamo, d’une table pour le patient, de rideaux occultants et de tabliers de protections en plomb pour les soignants. Puis, elle forme 150 femmes « manipulatrices » qui prendront place dans ces « petites curies » comme on va les appeler. Au total plus d’1M de radios seront effectuées dans les 700 postes fixes et mobiles déployés durant toute la guerre.

Il ne faut pas oublier les marraines de guerre qui doivent soutenir le moral des soldats. Pour les soldats qui n'avaient pas de famille ou qui étaient délaissés par elle, l'idée est venue dès la fin de 1914, de leur écrire, de leur envoyer des colis, car la distribution du courrier pour celui qui n'en reçoit est un moment très éprouvant. Des millions de lettres sont distribuées chaque jour et 40 000 colis !

Au départ c'est une initiative désintéressée qui remporte beaucoup de succès. Début 1915 est créée une association « la famille du soldat » par Mesdemoiselles de Lens et de Vismes entre autres, parrainée par des familles de l’aristocratie ou de la grande bourgeoisie conservatrice. Le Ministère de la Guerre est plutôt favorable, les journaux parisiens relaient l’initiative.

Mais la guerre dure, des filleuls meurent, certains tombent amoureux de leur marraine ou inversement, l'armée craint les espions. Il se créé un véritable « marché » de ces correspondances.

Du coté des ligues vertueuses, on voit derrière ces marraines, des femmes aux mœurs légères.

Par ailleurs ce courrier écrit par des femmes ou jeunes filles librement, sans tutelle inquiète.

Ainsi en 1916-17 on observe une certaine lassitude et des critiques visant des marraines non dénuées d'arrières pensées, l'armée aurait voulu les interdire, cependant elles sont beaucoup trop populaires et cela ne sera pas possible. A la fin de la guerre, on célébrera un certain nombre de mariages et on retrouvera des marraines au début de la seconde guerre mondiale.

Pour terminer, on peut évoquer la question des « femmes galantes » en arrière des lignes.

Le conflit s’éternisant des prostituées vont venir offrir leurs services aux soldats. L’armée n’y est pas favorable, elle craint la propagation de la syphilis. Il faut attendre le 13 mars 1918 pour qu’apparaissent « les bordels militaires » soumis à un règlement strict quant aux conditions d’hygiène. C’est tardif car dès 1915 » l’écho des tranchées » réclamait leur création. Il faut attendre l’arrivée au pouvoir de Clémenceau et du général Mordacq comme chef de cabinet pour que cela change.

On est en droit de penser que ce rôle déterminant des femmes dans la guerre mérite une récompense, une reconnaissance de la Nation. Il n’en est rien. Dès la fin de la guerre la femme rentre sagement à la maison.

Ainsi, en janvier 14 on recensait – de 4% de femmes, au printemps 18  31,5% et en 1921, on revient au chiffre de 1914.

Elles n’obtiennent aucun droit politique, ne peuvent toujours pas voter (en Angleterre, Allemagne elles le peuvent) et pourtant il y a 630 000 veuves de guerres qui ont besoin de travailler et d’être reconnues.

La France est ruinée, il faut penser à la repeupler : la femme doit donc rester à la maison.

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